Témoignage d'Agnès, 33 ans, employée et mère de deux enfants à Beyne-Heusay.
Je pense que nous devons "être" parents-secours depuis plus ou moins quatre ans. J'ai connu ce mouvement lors d'une manifestation publique où un stand me permettait d'aider les enfants perdus à retrouver leurs parents (entre autres). J'ai trouvé cela très sympa et je me suis intéressée à la mission et aux objectifs généraux de cette ASBL.
Depuis des années, je suis très sensible aux situations de détresse que certaines familles sont amenées à traverser (divorce difficile, hospitalisation, dépression d'un parent, décès, fugue) et plus particulièrement, à l'impact négatif que ces situations peuvent avoir sur les enfants issus de ces familles temporairement en détresse.
J'avais vraiment envie de participer à un mouvement d'entraide. Je ne voulais pas rester indifférente aux malheurs des autres mais j'avais peur des implications que mon choix pourrait avoir sur ma propre famille. Qu'allaient en penser les enfants? Cela ne risquait-il pas de les perturber? Allaient-ils pouvoir nous "partager"?L'organisation de notre vie de famille n'allait-elle pas en souffrir? Etions-nous capable d'apporter une aide de qualité?...
Mon compagnon est indépendant, je travaille à temps plein, nous avons deux petits spirous de 3 et 5 ans...une vie bien remplie... Le plus simple aurait peut-être été de se dire "ok, mais dans quelques années, quand les enfants seront plus grands". N'allions-nous pas nous attacher aux enfants qui nous seraient confiés quelques jours? Nous avons déjà parfois du mal à nous organiser nous-même, alors était-ce aller au "casse-pipe"? que de vouloir aider d'autres familles? Autant de questions importantes auxquelles il a fallu bien réfléchir!
Si toutes ces interrogations nous ont paru bien légitimes, il nous a paru encore plus évident que d'une façon ou d'une autre, nous arriverions bien à rendre cette expérience positive pour les enfants hébergés, pour l'ASBL, pour nos enfants, et pour nous!.
Et, avec le recul, quand je pense à nos diverses expériences d'hébergement, je crois qu'on peut vraiment parler de réussite.
Pour nous, la première réalité de notre nouveau statut de parents-secours fut la pancarte, signe d'appartenance à un groupe de personnes réellement responsables du bien-être de nos enfants, quels qu'ils soient.
Un enfant, en voyant cette pancarte, sait qu'en cas de sentiment de danger, derrière la pancarte se trouvent des personnes qui vont se soucier réellement de leur sécurité et de leur bien-être.
Pour ce qui est de l'hébergement des enfants devant être retirés d'urgence de leur milieu familial, une fois les questions évoquées plus haut balayées, oubliées, je n'attendais plus qu'une chose: un appel pour un hébergement.
Cet hébergement est très court puisque la durée maximum est de 10 jours et le temps file à une allure tellement démentielle que je me suis persuadée que, même au cas où un hébergement devrait se révéler difficile, ce ne serait que pour une période transitoire et brève... De plus, tout souci ayant sa solution, nous étions convaincus que nous viendrions à bout des embûches!
Et, comme cela s'avéra vrai! Ces enfants hébergés s'intègrent au sein d'une vie familiale aussi bien rodée que possible (enfin, en général, car il y a des couacs aussi...). Ils participent aux joies et aux moins bons moments. Tout naturellement, ils trouvent leur place dans le quotidien de nos vies. Bien entendu, parfois, nous voudrions prendre plus le temps de leur parler, de les dorloter mais, le fait de les mettre au même niveau que nos enfants dans la bulle familiale fait qu'ils se sentent d'emblée en sécurité!
La 1ère fois, nous avons été contactés pour accueillir 2 petits garçons du même âge que les 2 nôtres (3 et 5 ans). Ce n'était pas pour une période de vacances scolaires donc se posait le souci des journées d'école...Difficile! après réflexion, j'ai envisagé plusieurs solutions afin de pouvoir accueillir ces 2 petits garçons. Pas possible pour moi d'aller conduire mes enfants dans leur classe et de conduire les 2 autres petits de l'autre côté de la ville et, tout cela, en arrivant zen au bureau pour 9 heures au plus tard.
J'ai donc contacté la directrice de l'école de mes enfants qui a accepté de les prendre en classe avec une couverture spécifique en assurance afin de rendre l'hébergement possible: super, non?
Les petits sont arrivés le vendredi et, une fois le WE terminé, hop, en route vers l'école.
Je fais moi-même appel à une association de "mamy services" pour éviter à mes enfants de rester à la garderie et leur permettre de rentrer à la maison le plus rapidement possible, de finir leur journée sans trop de fatigue. J'ai donc fait appel à 2 "mamy services" pour encadrer ces 4 petits bonhommes.
Cette xepérience fut magnifique. Je pense que tout s'est aussi bien passé que possible.
Les difficultés rencontrées sont nombreuses mais tellement insignifiantes par rapport à l'acte posé!
Oui, il faut parfois faire un petit trousseau d'urgence avec vêtements, brosse à dent...mais, bien souvent, il y a autour de soi des connaissances ou des amis ou des amis d'amis qui peuvent dépanner avec les vêtements trop petits de leur cadet.
Oui, il faut un peu se creuser pour organiser la nouvelle vie momentanée de la famille, oui il faut parfois demander à son tour un peu d'aide autour de soi, mais quels liens extraordinaires cela nous permet de construire!
Le seul souci réel que j'aie eu est qu'un des petits garçons était très triste car sa maman lui manquait terriblement et il n'arrivait à obtenir d'elle ce qui lui faisait cruellement défaut à ce moment: l'amour maternel.
De plus, le fait de le laisser à l'école pendant la journée et de le séparer de moi a amplifié son mal-être.
J'ai donc alerté Parents-Secours et la maman afin de signaler que je sentais l'enfant très malheureux et, ainsi, essayer de trouver une meilleure solution pour lui.
Les aspects positifs de cet investissement sont innombrables: ouverture d'esprit, nous réapprenons la générosité, nous réapprenons à nous intéresser à l'autre sans mauvaise curiosité, nous donnons ce qui est le plus précieux au monde: du temps, de l'amour, de la stabilité pour un moment chahuté de vie de certains enfants, bébés ou pré-ados.
Nous apprenons à relativiser, à reconnaître l'essentiel, à partager, à écouter.
Il y a tellement de bonnes raisons pour chacun d'entre nous d'être plus nombriliste qu'empathique, tellement de bonnes raisons de postposer, de se promettre des actions dans le futur...
Toutes nos craintes ont été balayées par une puissante confiance en la Société, en l'asbl "Parents-Secours" (toujours très présente et de bon conseill) et aussi par une forte volonté de participation à une société vivante!
Il ne faut pas être parfait pour être parents-secours, il faut simplement savoir écouter, donner un peu de temps, de réflexion, montrer de l'empathie et de la confiance...et tout se passe bien!

